J'hésite, j'inonde, j'implore... Et si tout cela n'était pas réel? Et si tout ce que je crois n'est que fatalité... J'ai peur de moi, peur d'une sensation profonde qui pourrait n'être qu'un mirage, un moment qui s'éclipse aussitôt qu'on s'y attache. J'ai peur de l'éventualité. Un reflet si pâle qui menace de disparaître... J'esquive tes appréhensions, tes moments de faiblesses de peur d'y tomber, comme on tombe dans un tourbillon sans fin ni fond. Et si c'était une tromperie? Un geste sans conséquence, sans lendemain? Et si tes lèvres s'imprégnaient d'un goût éphémère qui chavirerait à la moindre difficulté? Une idée irréfléchie, un paraître si convaincant... je m'y accroche de toutes forces, je m'enveloppe d'un espoir indescriptible, d'un besoin presque involontaire de ta présence. Je me fonds à ton corps, suivant chacune des courbes et des parcelles de peau comme on parcourt un paysage doré toujours inconnu. J'explore ton regard qui envouterait la mer et le ciel s'il le pouvait... ce regard si généreux qu'on se sent presque gêné de lui voler la vue qui s'offre à lui derrière nous. Une dépendance incongrue qui pourrait ne jamais atteindre le point du non-retour... Et si toute ta personne méritait bien plus qu'une impression, qu'une illusion? Et si toutes les parties de toi se détachaient à une vitesse si folle que je ne pouvais les rattraper ? Et si tu prenais de l'avance pour ne pas t'avouer vaincu? Et si je n'étais qu'un personnage, qu'une parmi tant d'autres.... Et si je flottais, malgré moi, ou malgré toi, dans la vague sans cesse renouvelée qui me mène jusqu'à ton c½ur ? Et si ta présence à mes côtés dépassait les limites d'une possible amertume, d'un regret à venir? Et si le contraire s'avérait teindre ma vie d'une euphorie grandissante face à l'entièreté d'un passé regrettable? Et si la peur mutuelle prenait les devants d'une variabilité à une invariabilité? ... Et peut être aussi que je pense trop.
