Maman,
Depuis que j'suis assez grande pour entendre les vraies choses de la vie, tu m'as toujours inculqué les valeurs normales de mamans ordinaires. Tu étais mon modèle de femme, l'héroïne qui nous a sauvés en '99. Pourtant, aujourd'hui j'ai 18 ans, prête à faire mes propres choix, à avoir ma liberté.
Aujourd'hui tu m'enfermes, m'exaspère, me rend responsable de ton malheur, jour après jour. L'idée de cette lettre me vient de l'envie infernale de te dire ce que je ressens alors que tu n'entends rien.
Maman, ça fait combien de temps que tu ne m'as pas écouté? Depuis combien de temps n'as tu pas avoué tes tords autant que les miens ? Depuis combien de temps n'as tu pas pris la peine de t'intéresser à moi, à mes malheurs et à mes joies au lieu de ne voir que TES malheurs, TES joies et de ne t'intéresser qu'à ta petite personne ?
Tout ce qui importe pour toi depuis tant d'années, c'est ton travail. Tu y es enfermé, faute de n'avoir rien d'autre à raconter de ta vie longue et monotone. Soit tu te plains du manque d'heures, des employés ou de ton patron, ou tu te plains de nous à la maison. Non je rectifie, de MOI. Mais n'est-ce qu'un subterfuge, une façon de montrer aux autres combien ta vie est difficile et combien tu fais pitié ? Si tu ne t'en es pas encore rendu compte, moi aussi je pourrais me plaindre de toi.
Toutes tes crises subites qui te font penser que tu es supérieure et OH COMBIEN ta vie est difficile... Mais n'as tu jamais pensé à moi, qui endure toute cette colère refoulée ? As-tu déjà pensé aux répercutions?
L'argent,
Papa,
La pension,
Les allocations...
"Ton père c'tun trou de cul, demande lui dont d'm'envoyer la pension, y m'a encore coupé la pension, l'osti de sale... qu'est-ce que t'attends pour y écrire un message pour y dire de m'envoyer la pension?! C'pas compliqué criss, c'est la dernière fois j'te l'dis ....
Tu vois, maman, tout ce qui se passe entre papa pis toi, je m'en CALISS au plus haut point, tu ne comprends pas que vos histoires d'argent, ce n'est pas aux enfants de régler ça ? Tu peux bien parler contre lui, "Monsieur, il fait la belle vie et il s'en fou ben de vous " Mais toi tu es presque aussi pire que lui. Si seulement t'arrivais à te reprendre en main. Tu sais, arrêter de te saouler la gueule avec ton vin d'épicerie, arrêter de "peter" des crises pour rien, arrêter d'essayer de mettre fin à tes jours... Tu sais maman, ce soir là, je ne l'ai jamais oublié. Sais-tu ce que ça m'a fait ? Te rends tu comptes deux secondes de ce que ça a pu me faire, de voir ma mère, la femme la plus forte du monde à mes yeux, qui s'écroule à genoux devant moi et veut mourir ? Et la fameuse phrase que tu m'as dite juste avant de partir en ambulance... Je l'entends à répétition dans ma tête, elle résonne, comme un écho... " Je m'excuse, Priscilla, la prochaine fois que je vais le faire, tu ne le sauras pas "... Peux-tu croire que c'est toi qui m'as dit ça ? Et le putain de lendemain. Tu es revenu à la maison en prenant bien soin de nous dire de ne jamais raconter cet événement à personne... Renelle e Paul y étaient, eux, ce soir là ! Pourquoi suis-je la seule que ça à marqué ?! Pourquoi suis-je la putain de seule qui pleure à presque chaque soir parce qu'elle sait bien trop qu'elle va retrouver sa mère morte bien avant d'avoir des enfants ? Tu ne te rends tellement pas compte de ce que tu m'infliges. De ce que j'ai à endurer jour après jour... J'ai l'impression d'avoir le fardeau d'une mère sur les épaules alors que j'ai à peine l'âge de boire. Tu vois ? Tu ne m'écoutes pas quand je te parle ! Tu n'entends pas, tu ne veux pas entendre. Sais-tu pourquoi j'ai décidé de prendre un appartement, la vraie grosse raison ? Parce que j'voulais m'enfuir de toi, de tout ça. Je voulais pu avoir à m'inquiéter de ton sort si jamais je revenais tard le soir et que je te retrouvais coucher sur ton lit horizontalement, pensant à chaque fois que tu es morte alors que tu n'es que vraiment trop saoule. Et tu sais quoi? Ton ½il au beurre noir, je sais la vérité. Ce n'est pas une mouche qui ta piqué. Tu t'es peter la gueule contre une table parce que tu étais trop saoule pour marcher ! C'est ton PROPRE FILS qui t'a ramassé ! Tu as honte de ton ex mari alors que tu agis exactement comme lui quand on était tout jeune ! Et tu te rappelles, le soir des sacs de poubelles ? Quand tu as tout lancé sur moi, même la vitre coupante qu'il y avait dedans et que tu as saccagé ma chambre ? Tu te rappelles de la main que tu as levée sur moi? Et bien je m'en rappelle encore, et ce soir là j'ai appelé Tel Jeunes. Parce que je ne savais plus quoi faire. Et tu te rappelles, je t'ai même dit que plus jamais tu ne lèverais la main sur moi? Et bien je le pense et plus jamais cela ne va se reproduire. C'est terminer. Je ne me laisserai plus faire. J'ai ma vie à vivre, je n'ai pas à endurer la tienne. Plus jamais. Tu entends maintenant ? Peut être que tu ne comprends pas ce que je te dis, peu importe. Ce que j'avais à dire en majorité, je te l'ai dis. Il m'en reste d'avantage sur le c½ur, mais le simple fait d'avoir écrit ses mots m'ont fait le plus grand bien. Dès maintenant, et je te le jure, je m'occuperai de moi. Tes rages, tes crises, tes opinions, je m'en contrebalance. Je ne veux pas être comme toi et je ne serai jamais comme toi. Parce que j'ai déjà plus que tu n'as jamais eu : j'ai le courage de vivre ma vie.
Ta fille, Priscilla.